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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 12:46

http://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/les-familles-normandes-inquietent-de-la-prise-en-charge-des-aines-BD11658955

Les familles normandes inquiètent de la prise en charge des aînés

 

    La fin annoncée des contrats aidés dans les établissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou dans le secteur, public ou privé, de l’aide à domicile inquiète fortement les familles. À l’instar de collectifs qui se sont montés à Lille ou Toulouse, c’est en Seine-Maritime que le collectif « Vieux, debout ! » vient d’être créé avec pour slogan « des familles et des professionnels, vent debout pour leurs vieux, debout ! » Des discussions sont en cours avec l’État pour ne conserver que les contrats aidés sous rémunération RSA. Explications avec Nathalie Lecordier, élue du conseil départemental de Seine-Maritime.

       

      De Rouen au Havre, ils sont déjà 200 à avoir intégré le collectif « Vieux, debout ». Alain Quibel en est le porte-parole : « il y a des familles de résidents d’Ehpad, des professionnels en établissements ou à domicile, des retraités inquiets de leur devenir. Nous nous sommes tous ralliés pour que la cause des plus âgés soit entendue dans la société et que les élus s’en saisissent ! » Principaux concernés, ceux des conseils départementaux de la Seine-Maritime et de l’Eure qui, à la demande du gouvernement Philippe, vont fermer le robinet de l’emploi à bon marché des contrats aidés. « Il n’y a pas de prise en charge et de revalorisation de nos aînés. Nous sommes apolitiques et non-violents. Nous ne voulons pas opposer le privé au public mais nous constatons que nous arrivons à des situations de maltraitance pour nos aînés » affirme Alain Quibel.

      Agir et informer

      Concrètement, la disparition des contrats aidés va augmenter la charge de travail. Le temps de toilette des personnes âgées qui prenaient 20 minutes sera réduit à 10, faute de personnel. Intolérable pour « Vieux debout » qui dénonce aussi la souffrance au travail de ces salariés, souvent précaires et mal rémunérés. « Il faut quand même savoir que les accidents de travail dans ce secteur dépassent ceux du bâtiment. Il y a des problèmes de dos, des tendinites... » souligne Alain Quibel. Le collectif réclame donc que les moyens financiers qui étaient alloués aux contrats aidés, via l’argent public des collectivités, soient reversés aux structures d’accueil, ainsi qu’aux aides à domicile. « Nous voulons travailler sur la dignité des personnes et l’accueil. Ce n’est pas acceptable que dans certains Ehpad des personnes âgées sont recouchées l’après-midi faute de personnel ! Toutes ces structures sont maltraitantes par rapport aux moyens qui leur sont alloués. Les recoucher, c’est de la maltraitance institutionnelle ! Il y a pourtant du bon boulot qui est fait mais il est fait avec peu de moyens ».

      Des situations rendues complexes par l’augmentation de la durée de vie. Aujourd’hui, un aîné rentre en Ehpad bien après 80 ans. « Plus l’âge est élevé, plus la dépendance est grande et plus les moyens diminuent. Tout cela nécessite une formation du personnel de plus en plus importante. Lors du maintien domicile, les problèmes sont différents. Par exemple, de plus en plus de gens ne veulent plus sortir de leur « bocal », du lieu où ils vivent. En fait cela arrange tout le monde. Cela permet de cacher une réalité » dénonce Alain Quibel. « Nous devons réfléchir collectivement au coût et à la prise en soins. Qui, aujourd’hui, a les moyens de payer une aide à domicile cinq heures par jour chez un aîné alors que ce tarif correspond à une prise en charge dans deux Ehpad ? » Le collectif « Vieux, debout » dit avoir le soutien de la Fédération internationale des associations de personnes âgées (FIAPA) pour dénoncer la maltraitance comme l’autorise la loi européenne. « Quelle est la politique départementale, régionale, nationale ? Veut-on faire de la paupérisation ou tendre vers une politique de bien-être que l’on retrouve au Canada et dans les pays nordiques ? » interroge Alain Quibel. « Aujourd’hui la bulle va exploser ! »

      La tension est forte aussi chez le personnel et les directeurs d’établissements. Comme l’affirmait récemment Pascal Champvert, le président de l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), « Les contrats aidés, c’est une goutte d’eau qui fait déborder un vase qui était déjà plein. »

      Directeur du Centre d’hébergement et d’accompagnement gérontologique de Pacy-sur-Eure, Jérôme Triquet connaît bien le sujet même s’il n’a que peu utilisé les contrats aidés ces dernières années dans son établissement public. « Depuis 2003 et l’épisode de la canicule, il manquait du personnel. Des moyens ont été donnés mais ils ont été insuffisants », se souvient-il.

      Recrutement massif

      Depuis quinze ans, ces emplois aidés ont été financés par l’Assurance maladie, les départements et les familles pour le reste à charge. « Beaucoup de maisons de retraite ont fait appel à eux car le prix d’un contrat est de 7 000 euros par établissement contre 30 000 pour un contrat de droit commun... » remarque-t-il. Des emplois qui n’étaient pas ceux, qualifiés, des soignants mais qui venaient en soutien : hôtellerie, lingerie, cuisine, service technique...

      « Ce système a permis de minimiser les coûts des Ehpad et de rester dans les clous des restrictions imposées par les départements tout en n’influant pas sur le reste à charge des familles ! Car quand les familles ne peuvent pas payer, ce sont les départements qui financent les hébergements via l’aide sociale. » Un double intérêt financier pour eux ! Sous la présidence Hollande, ces contrats aidés ont été multipliés pour faire baisser les chiffres du chômage. « Aujourd’hui, le gouvernement réclame la fin de ces contrats. Si les conseils départementaux ne financent pas le différentiel, il y aura des déficits à venir dans de nombreux établissements », prévient Jérôme Triquet. Une situation inquiétante alors qu’un nouveau mode de calcul des aides départementales pour les établissements accueillant des personnes âgées dépendantes est toujours en cours de discussion.

      «300 contrats seront gardés»

      Nathalie Lecordier, 11e vice-présidente en charge de l’enfance et de la famille, prévention spécialisée, santé suit par « intérim » le dossier : « Le Département finance 1 200 contrats aidés dans les collèges et les établissements médico-sociaux. Nous avons discuté avec la préfecture et nous allons garder 300 contrats dans ces secteurs qui sont financés par le RSA. Nous ne pouvons pas, compte tenu de notre budget, en remplacer d’autres. Cela permettre aux établissements de maintenir un service et d’avoir une activité pour ces personnes au RSA. » L’élue rappelle que le Département de Seine-Maritime a augmenté de 1 % ses budgets des établissements et services médico-sociaux : maisons de retraite, foyers pour handicapés, services d’aide à domicile, établissement du secteur de l’enfance... 7 millions d’euros supplémentaires pour le budget de ces établissements dans le département. Et que pour lutter contre l’isolement des personnes âgées, il va adhérer à la charte Monalisa et va promouvoir l’engagement citoyen et bénévole. En Seine-Maritime, 35 000 personnes de 80 ans et plus (soit 53,6 %) vivent seules à domicile.
       Alain LEMARCHAND

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