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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 16:48

https://www.groupe3e.fr/

 

Depuis de nombreuses années, les salariés travaillant dans les grands groupes d’EHPAD privés lucratifs subissent des conditions de travail extrêmement pénibles que leurs représentants du personnel n’ont cessé de dénoncer. Les sous-effectifs y sont permanents et érigés à l’état de dogme, avec des taux d’encadrement beaucoup plus faibles que dans le public ou le privé non lucratif. Et ces sous-effectifs contraignent de fait les salariés à maltraiter les résidents, par manque de temps. Alors même que les personnes qui choisissent de s’orienter vers ces métiers dits « du soin» offrent majoritairement des profils empathiques, cette situation entraîne chez elles une souffrance dans l’exercice de leur métier, qui emmène nombre d’entre elle jusqu’au burn out et au changement d’orientation professionnelle.

Nous qui intervenons dans ce secteur entendons régulièrement les représentants raconter le quotidien souvent sordide de ces établissements : interdiction de changer les couches tant que l’alarme de la puce RFID ne sonne pas, résidents à qui l’on fait porter des couches parce que l’on n’a pas le temps de les accompagner aux toilettes ou que l’on oblige à manger mouliné parce que le temps manque pour couper la viande, nourriture insipide amenant à la dénutrition…

Nous voyons aussi à l’œuvre la discrimination syndicale qui va de la création de syndicats maison au licenciement sans motif de certains élus, en passant par le harcèlement des rares salariés qui osent se syndiquer (changements d’horaires, affectation sur des postes difficiles, remarques incessantes…). Ces méthodes managériales d’un autre temps sont aussi l’une des marques de fabrique de ces groupes.

Si elle n’a rien appris aux salariés de ces établissements, la parution du livre « les fossoyeurs » met enfin en lumière ces pratiques scandaleuses, de détournement d’argent public au profit d’actionnaires privés et de maltraitance généralisée des résidents comme des salariés.

La question qui se pose maintenant est celle de la volonté politique de faire bouger les choses en profondeur : si tant est qu’une telle volonté existe, comment s’y prendre pour renforcer les contrôles sur l’utilisation des fonds et l’évolution des pratiques de ces groupes ?

Une voie drastique consisterait à considérer que le secteur des EHPAD est trop important pour ne pas être laissé à la collectivité. De plus en plus de voix s’élèvent dans ce sens et cette question mérite d’être posée.

Dans l’immédiat, une piste évidente consiste à s’assurer du respect d’un taux d’encadrement cible, selon le profil des résidents et à le suivre dans le temps. Il s’agirait là d’imposer aux établissements une obligation de résultat en matière d’effectifs CDI, assortie d’un coup d’arrêt à la pratique des « faisant fonction », avec bien évidemment des sanctions financières très élevées en cas de non-respect de ces objectifs. Il pourrait par exemple s’agir de normer l’effectif et la masse salariale par métier nécessaires au bon fonctionnement de chaque établissement et tout simplement de demander la restitution des sommes non dépensées sur ce poste. Compte tenu des tensions structurelles sur le marché de l’emploi pour la plupart des métiers concernés, cela suppose de résoudre le problème de leur attractivité, donc probablement de les revaloriser significativement, ce qui rejaillirait sur l’ensemble des salariés de ce secteur.

Une autre mesure pourrait porter sur l’absentéisme, reflet des conditions de travail des salariés : à l’instar de ce qui se pratique en matière de maladies professionnelles et accidents de travail, les établissements affichant un absentéisme élevé pourraient également être pénalisés financièrement, surtout en cas de non remplacement des salariés absents.

D’autres mesures pourraient également être envisagées dans le même ordre d’idée du côté de l’ensemble des achats, qu’il s’agisse des dispositifs médicaux ou des repas.

La dépendance est l’affaire de tous, il est grand temps de légiférer afin de mettre enfin les actes en adéquation avec les discours affichés.

Elisabeth Wolf

Responsable du secteur santé

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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 13:49

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2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 11:10
Il y a 4 ans, nous lancions Sabrina Ali Benali, Patrick Pelloux et moi-même une pétition sous le titre « Dignité des personnes âgées, des moyens pour nos EHPAD » qui avait recueilli près de 700 000 signatures. Elle a déclenché une auto-saisine du Conseil économique social et environnemental qui a publié un rapport validant la revendication syndicale de la création de 200 000 postes, pour obtenir un ratio d’un soignant par résident. Dans le même temps les députés Caroline Fiat et Monique Iborra s’étaient saisies du dossier et validaient cette demande. Ce qui était déjà décrit à l’époque était un manque criant de personnel qui ne permettait pas de s’occuper dignement des personnes âgées dans les EHPAD. Il était souligné que malgré un prix moins élevé dans les structures du secteur public, le taux d’encadrement y était légèrement supérieur. Cela signifiait clairement que le secteur privé lucratif faisait payer plus cher ses prestations pour un service rendu de moindre qualité. Déjà quelques années plus tôt, nous avions été un certain nombre à nous émouvoir publiquement du fait que le président de la République de l’époque avait embarqué avec lui en Chine des dirigeants de groupes gestionnaires d’EHPAD pour y vendre leurs services. Nous disions alors que cela n’était possible que grâce aux bénéfices faits en France sur le dos de la Sécurité sociale, des retraités et de leur famille. Si nous revenons quelques années en arrière, nous comprenons mieux la situation. En effet, à la fin des années 1980, le vieillissement de la population nécessitait de rénover les maisons de retraite et d’en construire de nouvelles. Le choix politique fait alors a été d’ouvrir le marché au secteur marchand pour limiter les dépenses de l’Etat et de la Sécurité sociale. Ainsi a débuté la saga de l’or gris avec la création de groupes qui très rapidement se sont développés, se sont internationalisés pour devenir des leaders mondiaux avec des chiffres d’affaires de plusieurs milliards. Le scandale d’ORPEA était prévisible et il est heureux qu’il éclate aujourd’hui. En effet, l’erreur originelle est de n’avoir pas empêché les libéraux au pouvoir de livrer la prise en charge de la dépendance au marché. Il y a ici une contradiction majeure entre un secteur qui doit relever du service public et de la solidarité nationale et des investisseurs dont l’objectif premier est le meilleur retour sur leur investissement. Quand en plus, ils se comportent comme de vrais prédateurs sans âme, nous obtenons ORPEA. La conclusion est simple : le secteur de la dépendance ne peut relever du secteur privé à but lucratif.

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31 janvier 2022 1 31 /01 /janvier /2022 09:41

On attend avec impatience la réaction des directions générales et des actionnaires des grands groupes d'EHPAD (Orpea, Korian, Colisée, Domus Vi, LNA, etc.)! ça fait quoi d'être lâché par ses petits copains? Ouille! ça doit faire mal😂😂😂

https://www.letelegramme.fr/dossiers/nouveau-scandale-dans-les-ehpad/accueil-des-personnes-agees-ferrand-plaide-pour-en-faire-un-secteur-non-lucratif-27-01-2022-12912480.php

 

Accueil des personnes âgées : Ferrand plaide pour en faire un secteur non lucratif

Publié le 27 janvier 2022 à 11h25 Le député finistérien et président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.Le député finistérien et président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. (Karen Jégo)

Les Ehpad « ne devraient pas être à but lucratif », a estimé Richard Ferrand, ce jeudi matin, sur France Inter, alors qu’un livre dénonce des défaillances graves dans les établissements du groupe Orpea.

Le président de l’Assemblée nationale (LREM) Richard Ferrand a plaidé ce jeudi pour que l’accueil des personnes âgées ne soit pas un secteur à but lucratif, car « l’or gris, c’est pas du business », au moment où le groupe privé Orpea est accusé de graves dysfonctionnements dans ses établissements.

« Les établissements qui accueillent des personnes âgées dépendantes ou en perte d’autonomie ne devraient pas être à but lucratif. L’or gris, c’est pas du business », a jugé sur France Inter Richard Ferrand, interrogé sur la publication d’un livre dénonçant de graves défaillances dans les établissements privés d’Orpea.

Un seul Ehpad géré par Orpea dans le Finistère

Sans vouloir nationaliser les établissements privés, il a pris l’exemple de son département du Finistère où il n’y a, assure-t-il, qu’une maison de retraite gérée par ce groupe, les autres appartenant à des associations « qui ne cherchent pas à faire de l’argent sur les soins ».

Il faudrait ainsi selon lui « privilégier les établissements qui sont à but non lucratif et qui ont une gestion désintéressée ». Il a rappelé que « ce sont les conseils départementaux qui assument la partie liée à la dépendance, les familles payent l’hébergement et l’État paye les soins ». « Je trouve profondément choquant que sur l’état de faiblesse de nos anciens qui doivent quitter leur domicile, on puisse faire de l’argent, et j’ajoute que le service, il est moins bon, ça coûte plus cher », a-t-il critiqué.

À lire sur le sujet En 2013 déjà, « Gagatorium » dénonçait le fonctionnement d’une résidence pour personnes âgées

Dans un livre-enquête « Les Fossoyeurs », le journaliste Victor Castanet décrit un système où les soins d’hygiène, la prise en charge médicale, voire les repas des résidents sont « rationnés » pour améliorer la rentabilité du groupe Orpea, alors même que les séjours sont facturés au prix fort.

Hidalgo propose un « service public » de la dépendance

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a jugé mercredi que ces révélations étaient « révoltantes » et appelaient des sanctions si elles sont avérées.

À lire sur le sujet Ehpad : le DG d’Orpea convoqué le 1er février par la ministre chargée des personnes âgées

Le directeur général d’Orpea Jean-Christophe Romersi est convoqué le 1er février par la ministre déléguée chargée de l’Autonomie des personnes âgées Brigitte Bourguignon.

Parmi les candidats à la présidentielle, celle du RN Marine Le Pen a demandé sur Twitter « la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des Ehpad par des groupes privés ».

Valérie Pécresse (LR) a appelé à « radicalement changer le modèle des Ehpad ».

À gauche, la candidate PS Anne Hidalgo a proposé ce jeudi sur BFMTV et RMC de construire un « service public » de la dépendance, avec « des lieux lorsqu’on ne peut plus rester à domicile » et « un accompagnement à domicile » par « des personnels formés ».

Les députés socialistes ont de leur côté demandé au gouvernement « un droit de visite des parlementaires dans les Ehpad », « une vraie loi pour l’autonomie et sur le grand âge », et « une commission d’enquête parlementaire ».

 

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 13:13
De : Albert Papadacci
Envoyé : jeudi 27 janvier 2022 14:17
À : sophie.boissard
Cc : Boyer Remi  Plou Nadège  Huez Laurent
Objet : Communiqué de presse CGT Korian.
 
Madame,
 
Merci de prendre note de notre communiqué de presse faisant suite au livre "Les fossoyeurs" où Korian est gravement mis en cause.
Nous comptons sur votre immense intérêt au dialogue social et nous amener des réponses motivées et circonstanciées.
Cordialement,
 
Nathalie Blasco
Albert Papadacci
Korian: nouvelles révélations! Scandale des rétrocommissions dans les Ehpad privés : une alerte avait déjà été lancée en 2014.
Korian: nouvelles révélations! Scandale des rétrocommissions dans les Ehpad privés : une alerte avait déjà été lancée en 2014.
Korian: nouvelles révélations! Scandale des rétrocommissions dans les Ehpad privés : une alerte avait déjà été lancée en 2014.
Korian: nouvelles révélations! Scandale des rétrocommissions dans les Ehpad privés : une alerte avait déjà été lancée en 2014.

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27 janvier 2022 4 27 /01 /janvier /2022 09:33

Que ces groupes fassent des profits, soit, cela ne "choque pas" Djamila Brahima-Mol-lah, déléguée CFDT santé sociaux dans les Bouches-du-Rhône et aide-soignante chez Korian.

Elle y voit en effet "les emplois que cela permet de préserver". "Mais qu'on donne des miettes de ces bénéfices aux salariés ou que l'on maltraite les résidents, c'est inadmis­sible", tranche-t-elle.

Cependant, ce qu'elle découvre dans le livre de Vincent Castanet la secoue : "90 % des salariés ont une éthique.

Ceux qui invoquent le manque de temps pour ne pas bien traiter les personnes, ne pas s'adresser à leur dignité, ont leur responsabilité, soutient-elle. Ne mettons pas tout sur les institutions.

Les salariées qui poussent un fauteuil d'une main et poursuivent leur conversation téléphonique de l'autre, ça existe, des gens qui couchent les personnes sans les nettoyer, ou jettent des couches souillées à leurs pieds, aussi."

 

 

On se souviens de la pétition orchestrée par l’UNSA et la CFDT Korian en 2020 pour sauver le soldat Korian qui était au fond du gouffre.

A priori, ils n’ont pas compris la leçon à la CFDT : « normal de faire des profits… (avec de l’argent public et la sueur des salarié.es, les non-remplacements, l’adaptation des postes par rapport au taux d’occupation sans tenir compte du taux de dépendance et des GIR !) …ça permet de sauvegarder l’emploi (celle-là, c’est le pompon : encenser la philosophie capitaliste, vive les jaunes !) mais critiquer ensuite les salarié.es, là ça devient abject… « Ceux qui invoquent le manque de temps pour ne pas bien traiter les personnes, ne pas s'adresser à leur dignité, ont leur responsabilité, soutient-elle (les salarié.es qui souffrent et revendiquent sont donc des menteurs.ses,). Ne mettons pas tout sur les institutions (oh ! oui, surtout ne pas critiquer, tout va bien…quelle honte).

Les salariées qui poussent un fauteuil d'une main et poursuivent leur conversation téléphonique de l'autre, ça existe, des gens qui couchent les personnes sans les nettoyer, ou jettent des couches (on appelle ça des protections…) souillées à leurs pieds, aussi. (on continue dans l’abject…heureusement que la CFDT est là…)."

 

(en rouge, commentaires de la rédaction du blog).

 

Votez pour la CFDT Korian, ils savent défendre les intérêts des salarié.es...

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 11:23

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25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 09:19

 

Fin 2020, France 3 a diffusé un documentaire sur les morts du Covid dans les Ehpad qui a déplu au groupe privé Korian. Celui-ci a notamment saisi le comité d’éthique de France Télévisions. Une instance présidée par Christine Albanel qui a jugé « à charge » le travail, pourtant approfondi, des journalistes.

Caroline Coq-Chodorge

24 janvier 2022 à 15h21

Quand le Covid a tué dans les Ehpad, au printemps 2020, de nombreux établissements du groupe Korian ont fait la Une des journaux, locaux et nationaux, tant les morts y ont été nombreux : 37 décès à Mougins (Alpes-Maritimes), 28 à Pollionnay (Rhône), 26 à Thise (Doubs), 25 à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), 24 à Bures-sur-Yvette (Essonne), 14 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), etc.

À lire aussi Ehpad : le groupe Korian fait pression sur des familles de résidents décédés

30 avril 2020

Tragédie à huis clos à la maison de retraite de Mougins

8 avril 2020

Ulcérées par l’opacité du groupe sur la fin de vie de leurs proches, des familles ont engagé des poursuites judiciaires. Cinq enquêtes préliminaires ont été ouvertes par la justice pour « mise en danger de la vie d’autrui » ou encore « homicide involontaire ».

 

 

 

À l'époque, pris dans des turbulences boursières, Korian, premier groupe d’Ehpad privé en France, deuxième en Europe, menace en retour. Il fait pression sur des familles qui dénoncent la gestion de la pandémie dans ses Ehpad, comme l’a révélé Mediapart. ll attaque des médias en justice. Outre Libération qui a écrit sur ses Ehpad « engloutis par la vague », il poursuit le documentaire de « Pièces à conviction » de Julie Pichot et Xavier Deleu, intitulé « Que se passe-t-il dans les Ehpad ? » diffusé le 18 novembre 2020 sur France 3.

 

 

 

Mais contre les auteurs de ce documentaire d’investigation, Korian a trouvé un angle d’attaque supplémentaire : se plaindre de « manquements aux règles éthiques et déontologiques » auprès du comité d’éthique de France Télévisions. Peu connu, ce comité est une émanation de la loi Bloche du 14 novembre 2016 qui vise à « renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme dans les médias ». Cette loi dite « anti-Bolloré » est censée accroître la protection des journalistes contre « toute pression », notamment de la part d’actionnaires.

Dans sa saisine du comité d’éthique, Korian juge « diffamatoires » tous les passages du documentaire questionnant la mortalité dans les Ehpad ou l’opacité du groupe envers les familles, les témoignages de certaines familles ou celui de son syndicaliste. Le groupe dénonce encore des « manœuvres journalistiques empreintes de déloyauté et de mauvaise foi ».

« Korian instrumentalise ce comité d’éthique pour intimider les journalistes, analyse Florance Braka, déléguée générale du Syndicat des agences de presse audiovisuelles, interrogée cet automne par Mediapart, et qui apporte son soutien au documentaire. C’est un détournement de la loi Bloche, qui visait à renforcer l’indépendance des journalistes vis-à-vis des actionnaires, des annonceurs, des industriels. »

Certains reproches paraissent discutables.

Le comité d'éthique de France Télévisions

Auprès du comité d’éthique, il s'avère que Korian a trouvé une oreille attentive. Pour ses cinq membres, menés par sa présidente, l’ancienne ministre de la culture Christine Albanel, le sujet n’est pas « traité de la même façon selon que les faits se déroulaient dans les établissements associatifs, publics ou privés ». Ils jugent même « à charge » « la présentation de la situation d’établissements du groupe Korian », puisque le documentaire porte « un jugement critique sur l’action menée et les décisions prises par les responsables du groupe Korian […] sur les sujets cruciaux de la protection des résidents, des relations avec les familles ou encore des informations apportées sur les conséquences de la pandémie, notamment le chiffre des décès ».

Après que l’avis a été discrètement rendu public le 30 septembre 2021, Korian a publié un communiqué pour dire toute sa « satisfaction »

Au printemps 2020, pourtant, les réalisateurs Julie Pichot et Xavier Deleu étaient parmi les premiers journalistes à pousser les portes des Ehpad, à y filmer la vie à huis clos, portes fermées, patients confinés dans leurs chambres. À y raconter l’hécatombe causée par le coronavirus dans certains établissements.

Leur documentaire ne s’intéressait pas seulement à Korian. Il débute dans l’Ehpad public du Buzançais, dans l’Indre, où 12 résidents sont morts du Covid au début de la première vague. Le personnel y raconte les 15 jours de travail sans protection, puis l’arrivée de masques périmés à la fin du mois de mars, les chambres doubles de certains résidents, où les contaminations ont été plus nombreuses. Le documentaire interroge la gestion des stocks par l’État, avec celui qui fut le directeur de l’Agence régionale de santé de la région Grand Est, Christophe Lannelongue, lequel assure avoir alerté sur la pénurie des masques dès la mi-février, sans succès.

Trente minutes du documentaire (sur 1h30) sont dédiées à la gestion de la crise par Korian. De la même manière, les journalistes questionnent le groupe sur sa gestion des masques. Surtout, ils révèlent que Korian disposait d’un stock de deux semaines, qu’il a préféré économiser en les réservant aux seuls Ehpad touchés. Ils se font aussi l’écho de la colère de familles qui dénoncent l’opacité du groupe. Ils s’interrogent encore sur une éventuelle « surmortalité » du Covid chez Korian.

Le groupe a aussi largement la parole. Une interview est accordée au directeur médical, qui explique avoir suivi les consignes nationales. Les journalistes jouent même le jeu de la visite d’un établissement modèle, à l’invitation de Korian.

Mais pour le comité d'éthique,  « certains reproches paraissent discutables », notamment la gestion des masques et les chiffres de décès dans les Ehpad Korian. 

5 % des décès, dans un peu moins de 4 % des lits : il y a bien eu une surmortalité dans les Ehpad de Korian.

La surmortalité dans le groupe Korian est pourtant avérée : le groupe reconnaît 730 décès dus au Covid dans ses Ehpad, ce qui représente près de 5 % des 14 700 décès pendant la première vague, selon les chiffres de la Drees, la direction des études du ministère de la santé. Or, Korian détient 23 000 des 606 400 lits d’Ehpad en France occupés au début du Covid, toujours selon les estimations de la Drees, soit 3,79 % des lits d’Ehpad en France. 5 % des décès, dans un peu moins de 4 % des lits : il y a bien eu une surmortalité dans les Ehpad de Korian.

La Drees confirme aussi une surmortalité dans les Ehpad privés commerciaux, « significativement plus touchés que les autres structures, à autres caractéristiques et à localisation comparables. Il pourrait s’agir d’une conséquence d’un taux d’encadrement moins élevé et du plus fort recours à la sous-traitance dans les établissements »

Interrogé sur ces chiffres, le groupe nous a répondu en commençant par citer longuement l’avis du comité d’éthique, multipliant les commentaires : ici sur « une entorse aux règles et à l’éthique journalistique » ou là d’un « accroc mettant en cause la qualité du travail journalistique ! » 

Sur les chiffres, Korian se défend en expliquant que ses Ehpad sont plus nombreux « dans les territoires qui ont été le plus touchés par le Covid-19 (Grand Est, Île-de-France, Rhône-Alpes) ». Interrogé en retour sur la répartition des Ehpad du groupe par région, Korian n’a pas donné suite.

Selon Korian, dans les bassins de vie où ses Ehpad sont situés, « le taux de surmortalité Korian était de 20 %, alors qu’il s’est établi à 27 % dans les maisons de retraite de ces mêmes bassins de vie selon l’Insee ». Mais le groupe renvoie vers une étude de l’Insee sur la surmortalité en 2020 en population générale, qui n’évoque à aucun moment les maisons de retraite. Korian n’a pas plus donné suite à notre demande de précisions. 

Sur l’encadrement des résidents dans les Ehpad, Korian affirme faire mieux que les autres groupes commerciaux.

Comment les membres du comité d’éthique (une ancienne ministre de la culture, une ancienne défenseure des enfants, un conseiller d’État, un professeur de sciences politiques, une ancienne journaliste) se sont-ils fait un avis sur la mortalité dans les Ehpad ?

À lire aussi Page d'accueil du blog de Luc Broussy Conflit d'intérêts: les casquettes multiples du «Monsieur Vieillesse» du gouvernement

11 mars 2013

D'après nos informations, ils et elles ont entendu Luc Broussy, auquel Mediapart a consacré une enquête en 2013. Successivement ou simultanément, Luc Broussy joue tous les rôles dans le champ économique et politique de la dépendance. Il a d’abord défendu les intérêts des Ehpad privés commerciaux, en dirigeant de 1993 à 2005 leur syndicat, le Synerpa. Il est à la tête d’un groupe de presse composé de trois journaux dédiés aux maisons de retraite. Il dirige encore Ehpa Conseil, qui délivre des formations et des prestations de conseil aux acteurs du secteur.

Il a conseillé le candidat François Hollande à la présidentielle et est l’auteur d’un rapport sur le vieillissement remis au premier ministre Jean-Marc Ayrault en 2013. Son influence est encore importante sous Emmanuel Macron, puisque la ministre de la santé Agnès Buzyn lui a confié en 2018 la présidence de Silver Eco, une association missionnée par l’État pour structurer la filière économique de la prise en charge des personnes âgées.

Ces gens-là ont trouvé un bon business

Luc Broussy, à propos des auteurs du documentaire

« Je ne cache pas mes liens avec le groupe Korian : je travaille avec eux depuis des années, comme avec d’autres groupes privés », explique Luc Broussy à Mediapart. Au comité d’éthique, il a expliqué que « ce type de reportages est certes nécessaire, parce qu’il sensibilise l’opinion aux trop faibles efforts publics pour les Ehpad ». Mais, sur le fond, celui-ci est uniquement fait à ses yeux « pour dénoncer » : « C’est la technique “Elise Lucet”, celle de Mediapart : on sait ce qu’on veut démontrer, que les Ehpad c’est l’enfer, que les Ehpad privés, c’est pas bien. Puis on monte un reportage pour l’illustrer. Korian en prend plein la figure pour tout le monde. Tout est scénarisé, avec de la musique, des larmes. Est-ce qu’on a pleuré sur commande ? »

Ce qui a « fait tomber des nues » le comité d’éthique, explique Luc Broussy, est d’apprendre que les journalistes Xavier Deleu et Julie Pichot étaient les auteurs de trois autres documentaires sur les Ehpad pour France Télévisions : « Ces gens-là on trouvé un bon business. Et leurs reportages ne sont pas produits par le service public, mais par une boîte de production privée. Le comité d’éthique n’était même pas au courant ! »

Le documentaire a en effet été commandé par France Télévisions à la société de production Cat & cie. D’Arte à France Télévisions ou TF1, une grande partie de l’investigation est ainsi sous-traitée à des journalistes indépendants et des sociétés extérieures chargées de la production. Ce sont de petites entreprises qu’attaque en diffamation le groupe Korian, au chiffre d’affaires de 1,8 milliard d’euros.

Cependant, des journalistes de France Télévisions, en l’occurrence les rédacteurs en chef de l’émission Pièces à conviction, ont bien supervisé le travail des journalistes et en assument la responsabilité éditoriale. Ils se retrouvent eux aussi visés par la plainte en diffamation. Mais étrangement, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, n’est pas citée dans la plainte, en tant que directrice de la publication, ce qui est pourtant la règle.

Est-ce que l’avis du comité d’éthique peut peser dans la procédure en diffamation à venir ? « Le Comité n’a nullement pris position sur d’éventuelles qualifications pénales qui ne relèvent pas de sa compétence », assure Christine Albanel, en réponse à nos questions.

Ce n’est pas l’avis de l’avocate Virginie Marquet, qui va défendre le documentaire devant la justice : « Korian, dans sa saisine, soulève des points qui relèvent d’une procédure en diffamation, et qui n’entrent pas dans les missions de ce comité d’éthique, d’ailleurs très floues. Nous avons tenté de le faire valoir auprès du comité, sans succès. Korian va se servir de cet avis en justice, mais on espère que cela ne fonctionnera pas. Normalement, la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, qui fait respecter la loi sur la liberté de la presse, en a une bonne connaissance, meilleure en tout cas que ce comité d’éthique. »

Contactée cet automne, la Société des journalistes de France 3 n'avait pas souhaité réagir, car les journalistes Julie Pichot et Xavier Deleu ne font pas partie de la rédaction. La direction de l’information de France Télévisions ne souhaite pas non plus « commenter plus avant cette affaire dans la mesure où Korian a choisi de la porter au principal devant les tribunaux qui auront à apprécier la bonne foi des journalistes ayant réalisé l’enquête en cause ».

Caroline Coq-Chodorge

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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 13:47
Orpéa dans la tourmente!

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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 14:28
Après une grève de 3 jours largement suivie par la majorité des salarié.e.s de l'EHPAD Korian St-François à Vernaison (69), le travail reprend ce matin.

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