Comment nier que l’argent compte dans notre monde plus qu’il a jamais compté ? Il est à l’origine du meilleur s’il est bien utilisé et il mène au pire quand il occulte l’essentiel ou quand il corrompt. Pourtant, rares sont désormais les observateurs du cours de l’économie et des aventures des entreprises nationales et internationales qui s’en méfient. Nous sommes collectivement devenus acquis au libéralisme. Certains, prévenus par idéologie - au sens d’un corps de conviction et d’un système de pensée - contre les dangers de l’argent, restent sur leur garde, mais au fond, ils entrent dans le trafic, malgré eux. Se méfient-ils par exemple au moment d’investir leur épargne ? Redoutent-ils que leurs économies servent à des fins sordides ? Certes, ils peuvent vouloir, comme une part de plus en plus importante des ménages, que leur argent soit employé à de nobles causes, telles la sauvegarde de la planète ou la générosité, mais ils ne sont pas tellement méfiants qu’ils craignent d’investir.

Ce qui se passe avec Orpea est une remise en cause profonde des modalités d’investissement des particuliers et étrangement personne ne le dit. Sans doute parce que c’est une sorte de bombe à retardement. Ce leader européen des résidences médicalisées pour personnes âgées, les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), aurait favorisé ou admis la maltraitance de ses pensionnaires pour cause de moyens insuffisants, ces pratiques ayant pour cause l’âpreté au gain et le refus de recourir à des personnels en nombre et en compétences suffisants. Le gouvernement s’est saisi de ce qui est une affaire d’État et le Parlement s’émeut déjà. Oui, parce que derrière ces résidences services pas comme les autres, qui s’occupent plus qu’elles ne les hébergent de personnes faibles, malades, en fin de vie, il y a le contrôle présumé de l’administration de la santé et en outre des financements pour partie publics des soins dispensés ou censés l’être. On a immédiatement parlé de la réaction des actionnaires : certains sont sortis, d’autres y songent. Le cours de Bourse a chuté à la révélation du scandale. Quant au directeur général du groupe, il a été limogé… après avoir cédé des actions de son entreprise qu’il détenait, exerçant une plus-value considérable, curieusement juste avant la publication du livre qui a porté sur la place publique les prétendues turpitudes de son enseigne.